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Lycée Edouard Herriot Lyon
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Le lycée Édouard Herriot est un lycée général et technologique avec des CPGE (Hypokhâgnes et Khâgnes) situé en centre ville (place Edgar Quinet, Lyon 6°)...

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De 1989 à 1999
Article mis en ligne le 19 décembre 2011
dernière modification le 16 décembre 2015

de 89 à 99

Kjersti Kleveland (responsable de la section de 1989 à 1990)

Le 3 septembre : je les attendais. A dix heures du matin elles sont enfin arrivées à Lyon en autocar. J’ai vu six jeunes filles, silencieuses, les regards sérieux, "les épaules serrées". Je savais qu’elles avaient devant elles une journée bien dure le lendemain, et ensuite une année exigeante avec beaucoup de travail et d’inquiétude de ne pas réussir. En tant que pionnières, elles n’avaient personne pour leur dire : "Ça va aller nous avons eu 1es mêmes inquiétudes que vous ! (…)" Dans notre très jolie « salle norvégienne » au grenier, nous avions nos leçons de français et de norvégien. Mais assez souvent durant cette première année, des cours devaient céder la place à un contenu plus pratique ou à une larme causée par l’exil.


Sigvor Saltnes (responsable de la section de 1990 à 1992)

Arrivée au lycée Édouard Herriot en 1991 , j’ai pris le relais de Kjersti Kleveland qui m’avait bien renseignée et préparée à cette fonction polyvalente : professeur, parent, secrétaire, confidente, infirmière, guide touristique, directrice économique, etc., (…) Logiquement, on n’avait pas beaucoup de repères à l’époque. Tout restait à faire. Il fallait créer des traditions et des habitudes petit à petit. Sans identité solide, la section norvégienne à Lyon sentait le besoin de contact avec " le frère aîné " à Rouen (Lycée Pierre Corneille) et "la grande sœur’’ à Bayeux (lycée Alain Chartier). Alors, on faisait de beaux voyages ensemble, et des amitiés multiples se liaient entre les trois sections. Au fur et à mesure la section à Lyon a trouvé sa propre identité.


Nora TennebÆ (responsable de la section de 1992 à 1996)

Je suis arrivée à Lyon avec un ordre du Ministère de l’Éducation Norvégien. Il fallait célébrer le 17 mai sur place. A vrai dire, les filles étaient terriblement mécontentes, comme elles avaient l’habitude de le faire avec les garçons à Rouen, et elles ont tout essayé pour me convaincre que c’était une mauvaise idée. Je fus même accusée d’abus de pouvoir, ce qui m’amuse toujours. Mais la célébration à Lyon est depuis instaurée (…). Les quatre ans à Lyon représentent une expérience extraordinaire dans ma vie. Le travail avec les filles étaient d’un intérêt sans limites, même s’il fut parfois difficile, et des liens sont établis pour toujours. La vie au lycée avait un intérêt tout aussi important. J’ai trouvé des amis pour toujours, et je suis très reconnaissante de tout ce qu’ont fait l’administration et les professeurs du lycée pour assurer les conditions d’études optimales pour nous, les Norvégiennes.


Ragnhild Langballe (responsable de la section de 1996 à 1998)

Je me souviens de notre première promenade à Lyon. C’est le jour de la rentrée, nous traversons la Passerelle du Collège, un ciel bleu se reflète dans le Rhône. Les filles sont émerveillées - quelle belle ville, quel beau pays ! Tant de choses à vivre, tant de choses à apprendre. C’est vraiment un jour historique. On s’arrête, on prend des photos. (...)
J’ai vécu tant de choses pendant mes deux années à Lyon : au lycée, avec les jeunes et pendant les vacances. Je me souviens des jours ensoleillés dans les Alpes, sur l’île de Beauté (la Corse) ou à Paris en octobre avec les secondes. Je me rappelle également les repas somptueux au restaurant ou chez nos amis français, mais aussi de mon souvenir le plus terrible : coincée dans un ascenseur dans un vieil immeuble avec cinq filles, sous une chaleur insupportable.


Henriette jensen Lindquist (élève du lycée de 1990 à 1993)

Nous voilà arrivées au premier samedi, le visage rouge d’excitation. Qui et comment seraient-ils ? Comment se passerait ce premier week-end en famille ? Nous ne connaissions que le nom et l’adresse. Nous avons souri, nous les avons salués, les mains moites, et nous sommes parties l’une après l’autre à mesure que nous venions nous chercher.


Sara Neuman (élève du lycée de 1990 à 1993)

Une fois installé en appartement, le stress passé, on n’est pas mal du tout. On peut inviter qui on veut, quand on veut, sortir et rentrer quand on veut, en d’autres mots : c’est la liberté.


Vera Langfeldt (élève du lycée en 1999)

« Lyon, c’est comme ça alors » , me suis-je dit, un peu déroutée, étant arrivée au carrefour le plus embouteillé de Lyon, sous une chaleur étouffante, mon père à côté de moi qui cherchait à garder son calme tout en essayant d’ échapper à tous ces gens qui criaient et klaxonnaient.
Sauvés de là, arrivés dans le sixième, quartier chic et endormi sous la chaleur de l’été, nous avons regardé les jolis bâtiments un peu snob avec intérêt, « Pas mal du tout » , me suis-je dit, assez contente, « je vais donc faire mon nid ici »


Nina Ljones (élève du lycée en 1999)

Ce n’est pas toujours facile de venir en France sans savoir parler français. En sortant de chez ma famille d’accueil un soir, j’ai dit que j’allais au foyer pour déranger ma chambre, et à Noël je parlais de l’arbre de Noël jusqu’à ce que ma sœur de trois ans m’ait fait comprendre qu’on ne l’appelait pas ainsi : « C’est un sapin Nina ! » , m’ a-t-elle dit. Quand on a l8 ans, c’est un peu gênant de se faire corriger par une petite fille" ,


Ingvild Sorum (élève du lycée en 1999)

A 6 h 30 le réveil de ma co-locataire du foyer sonne. Comme nous partageons une chambre qui fait 10 m2 je me réveille aussi, même si mon réveil ne doit pas sonner avant 7 h 15. J’essaie désespérément de dormir un peu plus, mais avec le bruit du lavabo et la circulation qui devient de plus en plus dense, je n’y arrive pas. Alors je me lève mécontente et fatiguée, prend ma serviette et marche lentement vers la queue de filles qui veulent utiliser la douche. (…) Après le dîner nous avons toutes prévu de faire nos devoirs, mais en arrivant à l’étage, j’entends crier : « troiscenttrentedeeeeeeuuux » , Youpi : téléphone ! C’est maman. Quand je raccroche, il est déjà 21 h 45. Je range mon bureau, trouve les feuilles, mon stylo et l’effaceur dont j’ai enfin compris l’utilisation, et ouvre mon livre d’histoire. Mais ma co-locataire est couchée et demande avec une voix très fatiguée : « Peux-tu éteindre la lumière, s’il te plaît. Sinon je n’arrive pas à dormir ».


Julie Paulsen (élève du lycée en 1999)

Dès le premier jour, j’ai réalisé que suivre les cours en France en français était encore plus dur que ce que j’avais cru. Déjà, pendant l’appel il y a eu quelque chose qui n’a pas marché : Je n’avais pas été appelé … ou … c’est ce que je croyais. J’ai pourtant compris que je n’avais pas tiré la bonne conclusion quand ma voisine a marqué ma date et ma ville de naissance sur un bout de papier. Si elle n’était pas voyante, ce qui d’ailleurs n’était probablement pas le cas, la raison était toute simple : La norvégienne n’avait pas compris son propre nom !


Anne Kristin Hjuks (élève du lycée de 1989 à 1992)

Nous avions sûrement l’air paumée lorsque nous nous trouvions devant le lycée Édouard Herriot à la rentrée de septembre pour la toute première fois. Nous écoutions les gens autour de nous qui semblaient chanter au lieu de parler. Nous regardions ces fameux français avec leurs cheveux noirs et vêtus à la dernière mode. Nous observions avec un air curieux comment ils se disaient bonjour. Nous avions déjà vu à la télé les sheiks arabes le faire de la même façon. Il n’y avait que trois jours que j’étais partie de chez moi, c’est à dire de ma ferme qui se trouve dans un village de 400 habitants. C’est alors que je me suis rendue compte que j’étais arrivée dans un monde complètement différent.
Nous, les six premières norvégiennes à venir à Lyon dans le but de passer le bac, constituions dès lors la section norvégienne du lycée Édouard Herriot. Nous venions de coins différents de la Norvège et nous ne nous connaissions pas du tout. Mais c’était là, devant le lycée ce premier jour, que sont nées la solidarité et l’amitié qui existent entre nous et qui persistent toujours, malgré la distance physique qui nous sépare. A la sonnerie nous sommes rentrées en suivant les autres. En première heure nous avions biologie. Nous avons compris que le professeur voulait vérifier le niveau de la classe et il a donné une petite interrogation. Je n’étais pas sûre d’avoir bien compris l’exercice, mais j’étais convaincue de ne pas pouvoir y répondre à cause de mon niveau de français insatisfaisant. Donc j’ai fait un graphique. J’ai dessiné un petit poisson, suivi d’une flèche et un grand poisson, et ensuite un humain. Quand le professeur a vu ma réponse, il a soupiré et il m’a demandé ce que cela pouvait bien représenter. Il n’était apparemment pas au courant qu’il avait des étrangères dans sa classe. Avec tout le monde en train de me regarder, j’ai enfin pu répondre : "Je suis la Norvège". Et je n’ai pas compris pourquoi il s’est mis à rire.
Nous avions hâte d’avoir sport. Enfin une matière où la langue ne jouait aucun rôle, et où nous pouvions réussir. Moi, ça faisait douze ans que je jouais au foot, et j’avais gagné plein de prix en ski de fond. Au début du cours le professeur a distribué des rubans attachés à des baguettes. Nous n’avions jamais entendu parler de GRS. Quand j’ai vu une de mes copines norvégiennes trébucher dans le ruban je me suis dit que nous serions des clowns en sport comme dans les autres matières. Ici, mon niveau de ski de fond ne valait rien.
Les premières semaines au lycée ont été les plus fatigantes de ma vie. En dépit d’un accueil chaleureux et compréhensif, rien ne s’est passé comme prévu. Rien n’aurait pu nous préparer au fait de rester assises pendant des heures, essayant de suivre un cours dans une langue étrangère dont nous ne comprenions pas un seul mot.
Mais on a toutes survécu à ce passage difficile, et aujourd’hui il n’y a que les meilleurs souvenirs qui restent dans mon esprit. De la part de toutes les premières norvégiennes au lycée Édouard Herriot, je souhaite remercier tous les gens qui font partie de ces souvenirs chaleureux. Je voudrais remercier tous les professeurs pour leur extrême patience. Il doit être dur pour un professeur de lire dans un devoir : " Molière est vachement cool !" ou de répondre aux questions du genre : "En fait, c’était qui Charles de Gaulle ?". Je veux aussi dire un grand merci aux élèves de ma classe qui m’ont énormément aidée en me laissant recopier leurs notes, en me donnant le sens des mots les plus simples, et en me racontant l’histoire des livres que je n’ai jamais pu lire en entier. un gros bisou également à tous mes amis, pour m’avoir invitée à des soirées, pour m’avoir invitée chez eux et pour l’amitié partagée. La France et les français seront toujours chers à mon cœur.

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